Les grands singes fascinent les humains depuis l’Antiquité : plusieurs légendes et mythes anciens mentionnent leur existence. Au fil du temps, les scientifiques et les philosophes entre autres nous ont comparés à ces primates dans le but de définir précisément ce qui caractérise « les humains » et ce qui est propre à « l’humanité ». C’est ainsi qu’ont commencé les recherches sur le comportement des grands singes et leur mode de communication, sur les outils qu’ils utilisent, la conscience qu’ils ont d’eux-mêmes, leur structure sociale, leur culture et leur apprentissage social. La diffusion auprès du public des recherches sur leur comportement et leur écologie n’a fait qu’amplifier la fascination pour ces animaux, suscitant le désir de les voir en captivité et dans leur milieu naturel. C’est en 1925 que fut créé le premier parc national d’Afrique pour protéger les gorilles de montagne.
De plus en plus, le tourisme d’observation de la faune sauvage, et notamment des grands singes, est vu par les gouvernements, les voyagistes, les communautés locales et les organismes de conservation comme une source potentielle de financement de l’économie nationale et régionale, qui permet le développement local et fournit des emplois, contribue à la conservation de la biodiversité, et sensibilise aux espèces sauvages et à la nature. L’industrie du tourisme d’observation des grands singes a pris une ampleur considérable depuis les années 1950 et cela devrait se poursuivre.
Le tourisme constitue cependant un risque sérieux pour les grands singes. La perturbation du comportement, la transmission de maladies, une trop grande habituation et un risque élevé d’agressivité, de conflit et de stress figurent parmi les effets observés du tourisme. Par ailleurs, les activités touristiques non réglementées et insuffisamment réfléchies peuvent entraîner des conflits humains-animaux dans les communautés adjacentes, en particulier si, ne craignant plus les humains, les grands singes pénètrent dans les champs cultivés, où ils risquent de piller les cultures ou de faire des dégâts, ce qui peut conduire à des relations agressives avec les habitants. Ces conflits peuvent avoir un impact négatif sur leur comportement et leur culture, ainsi que sur leur chance de survie dans les zones où les communautés se livrent à des représailles.
Le chapitre 3 évalue les risques de transmission de maladies par des personnes qui se trouvent en contact direct avec des populations de grands singes sauvages habitués ou captifs, procède à une analyse coûts avantages de leur habituation et de leur maintien en captivité pour la recherche et le tourisme, et évoque les déficits actuels de connaissances et les solutions pour prévenir les risques sanitaires inhérents à ces activités.
Principales constatations :
- En Afrique et en Asie, les parties prenantes perçoivent de plus en plus les grands singes sauvages comme une opportunité de développement socioéconomique, d’où une augmentation du nombre de groupes habitués dans les aires de répartition.
- Un corpus croissant de données montre que les grands singes habitués, y compris ceux détenus en captivité, risquent d’être contaminés par des humains. Mais l’inverse est également vrai, ces primates constituant un risque pour les personnes.
- Le manque d’informations sur les risques de transmission de maladies entre les personnes et les grands singes, surtout en Asie, entrave la conception de stratégies de gestion efficaces susceptibles de minimiser les risques liés à l’habituation en vue de la recherche ou du tourisme, notamment dans les lieux de loisirs.
- Malgré l’existence de bonnes pratiques de gestion pour la recherche et le tourisme, leur mise en œuvre est compliquée par l’absence de contrôle, le manque de sensibilisation, l’insuffisance des ressources et des capacités inadéquates.
- La surveillance des maladies, l’épidémiologie et les études sanitaires portant sur les relations humains-grands singes sont des priorités absolues pour prévenir la transmission réciproque de maladies.
- La réduction des risques de transmission de maladies entre humains et grands singes est une priorité en matière de conservation. La collaboration entre les parties prenantes (universitaires, entreprises, acteurs de la conservation, autorités, communautés locales, scientifiques, voyagistes, responsables d’installations touristiques et touristes) pourrait réduire les risques que font peser sur ces espèces menacées les relations humains-grands singes.